Les esclaves mâles contiennent encore un peu les mouvements de leur sang, mais toute la féminité noire s’abandonne à l’instinct, et ses querelles sont aussi futiles que ses amours. Parfois, dans les cours, éclatent des disputes criardes, qui précèdent des pugilats et des bondissements de nu au soleil.

Un matin, deux noires s’invectivent devant ma porte.

— Putain des juifs du Mellah !

— Renégate ! Voleuse ! Graine de calamité ! Racine amère !

— Dieu te fasse mourir, juive, fille de chacal !

Tout à coup, la voix sifflante de Kaddour, l’intendant, vient mettre fin au scandale.

Elles se séparent, en chiennes hargneuses, avec des dents qui brillent dans l’injure et qui mordent les mots comme de la chair.

TRANSFORMATION

… Voici plus d’une semaine que je suis ici, et ma vie s’écoule doucement, comme une séguia paresseuse. Jusqu’à présent je n’étais pas encore sortie de la zaouïya. Ici, il ne faut pas songer à faire quoi que ce soit sans l’autorisation de Sidi Brahim. On se heurterait au silence des esclaves et à des portes inexorablement closes.

Pourquoi ne voulait-on pas me laisser sortir ? Cela commençait à me peser et même à m’inquiéter. Ma chère solitude n’était plus volontaire ; ma chambre, si propice aux visions intérieures, ressemblait trop à une prison discrète…