Je le regarde, ce bel anachorète saharien, et je pense que les solitaires chrétiens des premiers siècles devaient lui ressembler, dans les décors pareillement désolés de la Thébaïde et de la Cyrénaïque ardentes.

Eux aussi cherchaient dans l’extase la satisfaction de cet impérieux besoin d’éternité qui sommeille au fond de toutes les âmes simples.

Ce besoin d’éternité, je l’éprouve moi-même parfois… pas toujours. D’autres m’ont dit qu’ils n’en souffraient jamais, et ceux-là n’étaient pas toujours des raisonneurs grossiers ; ils aspiraient à la vie, à toute la vie, comme à une illumination rapide que suivra l’éternelle nuit.

L’un d’eux, avec qui j’ai partagé le plus pur de mon âme rêveuse, en des minutes d’exaltation et de nostalgie, me disait :

« Je ne trouve de goût à la vie que dans la certitude de mourir un jour. J’ai besoin de savoir que ça ne durera pas. » Cet état d’esprit m’a étonnée.

L’Illuminé de la Barga possède peut-être l’éternité…

L’INDIGNATION DU MARABOUT

Hier, pendant la sieste, Sidi Brahim entre tout à coup, une lettre à la main, consterné.

— Si Mahmoud, je viens de recevoir une lettre d’Oudjda, où l’on m’annonce que Hadj Mohammed ould Abdelkhaut, chef des Kadriya, a été assassiné par les gens de Bou Amama — que Dieu le confonde !

Et le marabout se laisse choir sur le tapis, me tendant la lettre.