La prière finie, je reste avec les tolba et les marabouts, qui psalmodient encore les litanies rimées du Prophète.
— « La prière et la paix soient sur toi, ô Mohammed, Prophète de Dieu, toi la meilleure des créatures à toujours et à jamais, en cette demeure et dans l’autre… La prière et la paix soient sur toi, ô Mohammed Moustapha, Prophète arabe, Flambeau des ténèbres, Clé des croyants, ô Mohammed le Koreïchite, Maître de La Mecque et de Médine la Fleurie, Seigneur des musulmans et des musulmanes, à toujours et à jamais… »
Les marabouts ont de belles voix graves. Ils savent l’air ancien, qui porte si noblement les versets sonores de cette litanie, que les gens du commun se contentent de réciter très vite sur un mode nasillard et saccadé.
C’est fini… On se lève, et chacun reprend ses babouches déposées sur les nattes et renversées l’une sur l’autre.
Encore une fois il va falloir traverser la fournaise aveuglante de la vallée.
Le courage me manque, et je demande à Farradji de me conduire par le dédale de corridors noirs du ksar, si bas qu’il faut se courber en deux pendant plus de cent mètres. L’obscurité est opaque dans ce boyau au sol raboteux, où règne une humidité séculaire de cave.
Succédant au calme de l’heure passée dans la pénombre bleue de la mosquée, ce retour est un cauchemar…
Il me semble que l’essence de la prière, comme du rêve, est de ne pas finir.
LELLA KHADDOUDJA
Ba-Mahmadou rêvasse sur les marches de l’escalier, tandis que l’eau du thé chante doucement dans la bouilloire. Il regarde la chambre et les naïves peintures de la porte du fond.