— Il est sale ! Il sent le fumier ! Il est pouilleux !
Avec les marabouts, Messaoud est juste assez respectueux pour éviter les coups. Ceux-ci le grondent-ils, il tire la langue dès qu’ils ont le dos tourné.
Petit animal plein de grâces et de vices, démon familier que tout le monde tient en piètre estime, ce négrillon m’a expliqué bien des enfants blancs.
THÉOCRATIE SAHARIENNE
L’influence séculaire des marabouts arabes a profondément modifié les institutions et les mœurs des gens de Kenadsa.
Chez tous les autres Berbères, c’est la djemâa, l’assemblée des fractions ou des ksour qui est souveraine. Toutes les questions politiques ou administratives sont soumises aux délibérations de la djemâa. A-t-on besoin d’un chef, c’est la djemâa qui le nomme. Tant qu’il conserve son investiture, ce chef est obéi, mais il reste toujours responsable vis-à-vis de ceux qui l’ont choisi.
Ces assemblées berbères sont tumultueuses. Les passions s’y donnent libre cours ; violentes, elles finissent parfois dans le sang. Pourtant, les Berbères restent toujours jaloux de leurs libertés collectives. Ils se défendent contre l’autocratie en supprimant ceux qui osent y aspirer.
A Kenadsa, l’esprit théocratique arabe a triomphé de l’esprit berbère, républicain et confédératif.
C’est le chef de la zaouïya qui est le seul seigneur héréditaire du ksar. C’est lui qui tranche toutes les questions et qui, en cas de guerre, nomme les chefs militaires. C’est lui qui rend la justice criminelle, tandis que les affaires civiles sont jugées par le cadi. Mais là encore, le marabout est la dernière instance, et c’est à lui qu’on en appelle des jugements du cadi.