Sidi M’hammed-ben-Bou-Ziane, le fondateur de la confrérie, a voulu faire de ses disciples une association pacifique et hospitalière.
La zaouïya jouit du droit d’asile : tout criminel qui s’y est réfugié se trouve à l’abri de la justice humaine. Si c’est un voleur, le marabout lui fait rendre le bien volé. Si c’est un assassin, il doit verser le prix du sang. A ces conditions, les coupables n’encourent aucun châtiment, dès qu’ils sont entrés dans l’enceinte de la zaouïya ou même sur un terrain lui appartenant.
La peine de mort n’est pas appliquée par les marabouts. S’il arrive qu’un criminel soit mis à mort, c’est par les parents de la victime ou quelquefois même par les siens, jamais sur condamnation des marabouts.
Les descendants de Sidi Ben-Bou-Ziane se montrent cependant très sévères pour les voleurs et les fauteurs de scandales parmi les ksouriens ou les esclaves, qu’ils punissent de la bastonnade.
Il est d’usage que, pendant l’exécution, l’un des assistants se lève et demande la grâce du coupable. Quelquefois ce sont les femmes qui envoient à cet effet un esclave ou une négresse : le marabout cède toujours.
Grâce à la zaouïya, la misère est inconnue à Kenadsa. Pas de mendiants dans les rues du ksar ; tous les malheureux vont se réfugier dans l’ombre amie, et ils y vivent autant que cela leur plaît. La plupart se rendent utiles comme serviteurs, ouvriers ou bergers, mais personne n’est astreint à travailler.
L’influence maraboutique a été si profonde à Kenadsa, que Berbères et Kharatine ont oublié leurs idiomes et ne se servent plus que de l’arabe.
Leurs mœurs se sont aussi adoucies et policées, comparées à celles des autres ksouriens.
Les disputes et surtout les rixes sont rares, parce que les gens du commun ont l’habitude de porter tous leurs différends devant les marabouts, qui les calment et leur imposent des concessions mutuelles.
Depuis que les marabouts entretiennent des rapports de bon voisinage et même d’amitié croissante avec les Français, un sourd mécontentement envahit les cœurs, dans le bas peuple.