Dans le jardin, les esclaves préparent les petites tables basses et les plats recouverts de hauts entonnoirs en paille teinte de couleurs vives.

Naturellement, la conversation roule sur les affaires du Maroc, sur le Tafilala, et on prononce les noms abhorrés du Rogui et de Bou-Amama.

Mais, aujourd’hui, Sidi Brahim n’a pas reçu de mauvaises nouvelles, et tout le monde est gai. On raconte des anecdotes plaisantes avec cette absolue pureté de langage qu’observent les musulmans bien nés en public et surtout entre proches.

Dans les dattiers, que la pluie a dépouillés de leur suaire de poussière et qui bleuissent sous le ciel morose, tout un peuple d’hirondelles s’agite, avec de petits cris brefs et aigus.

— C’est ici la djemâa (assemblée) des oiseaux, dit Taleb Ahmed. Ils s’y réunissent, pour régler les affaires de leur tribu et prendre les décisions graves. Ces bestioles, à peine plus grosses que des mouches, font autant de tapage que cent Douï-Menia, discutant tous à la fois.

Et les graves marabouts rient à cette critique de leurs turbulents voisins.

Les gazelles familières se sont approchées, elles jouent avec les convives, esquissent des feintes tortueuses, pour se jeter ensuite brusquement en arrêt.

Après le repas au pain azyme qui sent bon et où on trouve des grains d’anis, c’est le thé, l’éternel thé que Sidi Embarek prépare gravement, avec les gestes consacrés. Faire le thé, c’est ici une besogne d’homme, et d’homme libre.


A la tombée du jour gris, nous partons, car l’heure de la prière du moghreb approche.