Pourtant, ils sourient, ils sont fiers du succès de leurs frères parmi les « M’zanat »[2].
[2] Terme de mépris par lequel les Marocains du Sud désignent les Algériens indigènes, qu’ils considèrent comme des renégats.
Sur un plateau posé à terre, les gros sous et les pièces blanches tombent avec un bruit clair. A chaque offrande, le joueur de tambourin bénit à la cantonade la générosité du donateur.
Cependant les Beni-Guil se contentent d’encourager les musiciens par leur attitude et leurs exclamations approbatives. Bien rare celui qui se résigne à jeter un sou sur le plateau, après avoir longtemps fouillé dans sa « zaboula », sorte de sacoche en « filali » (cuir rouge du Tafilalet) que portent les nomades.
Mais voilà que l’un d’eux, tout jeune, se lève tout à coup et esquisse une danse cadencée, lente, le bout de son bâton noueux appuyé contre sa poitrine.
On rit de sa rusticité. Ce geste est celui d’un berger.
Le cafetier, les reins ceints d’une « fouta » rouge et verte, circule, présente ses breuvages fumants sur des plateaux et, chaque fois, il nomme tout haut celui qui a commandé le thé, en appelant sur lui la bénédiction du Rétributeur…
MORT MUSULMANE
Le premier soleil du matin s’épanouit à l’horizon, comme une grande fleur pourpre. La dune de sable, piquée de touffes d’alfa, s’embrase autour de la petite koubba de Sidi-Bou-Djemâa, qui domine la route de Beni-Yaho et de Sfissifa. Des lueurs roses s’allument à la crête des figuiers noirs, et les grands saules pleurent des larmes d’argent irisé.
Autour de la koubba, des Arabes se lèvent. Ce sont des pèlerins, venus de loin pour demander la protection du grand saint. Ils se rangent tous, face au jour levant, et prient longuement, avec les beaux gestes graves du rite musulman qui grandit les plus loqueteux.