Derrière le petit mur d’enceinte, les femmes babillent déjà autour d’un feu de bois mort. Ce sont des nomades, venues avec les hommes de leur tribu. Elles se voilent à peine le visage.

Sous un arbre, un fou en haillons, appuyé sur un bâton, psalmodie le Coran, au hasard, mêlant des versets sans suite. Il est beau avec son visage émacié, ses cheveux noirs, attachés autour du front d’un lambeau de linge blanc, et ses grands yeux ardents et inquiets, fixés sur un point invisible de l’espace.

De temps en temps, du groupe des femmes part le « you-you » cristallin des jours de fête.


Mais, au haut de la dune un cortège paraît. Des Arabes s’avancent lentement, sur un chant grave et cadencé.

Derrière le premier groupe, quatre hommes portent sur leurs épaules un brancard recouvert d’un long drap blanc, et, à l’apparition de ce croyant inconnu, qui s’en vient vers l’éternité, dans la gloire du matin, tous les bruits se taisent.

Alors les hommes entrent dans le cimetière sans clôture.

Parmi les tombes essaimées dans la dune, parmi ces pierres anonymes et sans dates, une fosse est creusée, rapidement, si rapidement dans le sable léger ! Et sur le bord de ce petit fossé on pose le mort, face au soleil.

Maintenant, en demi-cercle, les musulmans prient leur dernière prière, à voix basse, sans se prosterner.

Très vite, sur une simple rangée de briques, on remblaie la fosse, et on plante trois palmes vertes dans le sable du tertre que la brise fraîche entame déjà. Tout le monde s’en va.