Je reconnus l’Arabe à son haut turban algérien. C’était Abd-el-Djebbar, le Hamiani, remarqué déjà à la mosquée de Kenadsa, parmi les étudiants.
Il murmurait « Je suis ton frère… Pour l’amour de Dieu, sois à moi ! » Et ses robustes mains tordaient les frêles poignets de la jeune ksourienne au visage de cire.
Elle était belle et parée comme une épousée. Une longue tunique de laine rouge s’enroulait aux formes voluptueuses de son corps. Le front ceint d’un diadème de fleurs d’argent, la clarté de la lune se mirait dans l’éclat de ses bijoux. Son front était si pur que les étoiles semblaient y pleurer…
Elle était venue à ce rendez-vous téméraire, dans la nuit si calme et pleine d’embûches. Et maintenant elle tremblait, elle demandait grâce au beau nomade, fils d’une autre race, dont l’ardeur sauvage l’épouvantait.
Il me semblait à moi que le cœur d’Abd-el-Djebbar était si fort que je l’entendais battre au-delà du mur…
Les bras enlacèrent le corps frémissant de la ksourienne, l’enlevèrent de terre dans une étreinte. Elle se raidit, voulut crier. Mais les dents avides du nomade arrêtaient sur ses lèvres son cri de détresse et la meurtrissaient d’un baiser charnel comme une morsure.
Les deux corps, convulsivement liés par la rage superbe de l’amour, roulèrent dans l’ombre, sur la terre accueillante à toutes les fécondités comme à toutes les morts.
Maammar, à ce moment, poussa brusquement son cheval qui se cabra et, dans un rire un peu étranglé, il me dit « Laisse-les ! Nous autres, fils des Arabes, nous savons aimer. Nous jouons notre vie pour les femmes, mais quand nous les prenons, dans la nuit, comme le chasseur de gazelles, nos bras les serrent sur nos poitrines, à briser leurs os, et jamais ensuite les caresses efféminées des ksouriens ne leur feront oublier le baiser du nomade. »
Les ombres étreintes semblaient s’être ensevelies dans les verdures du jardin. Nous partîmes, laissant derrière nous cette vision d’amour et d’audace.