— Vois, les fleurs et les fruits de mon jardin ne sont pas opulents ; je suis un pauvre vieux, et je n’ai rien d’autre à t’offrir en bienvenue. Accepte ces quelques légumes ; — Dieu est le dispensateur de toutes les richesses ! — accepte mon humble offrande, et pardonne-moi…

Je n’osai refuser ce naïf et touchant présent, de peur d’offenser le vieux jardinier qui me regardait avec de pauvres yeux tout honteux, comme s’il m’était redevable des produits de son jardin.


Au bord des séguia, les menthes et les basilics poussent à l’ombre, pâles, étiolés, violemment odorants pourtant ; leur parfum plane dans l’air encore chaud, avec d’autres senteurs végétales plus ténues, indéfinissables.

Je retrouve dans ces jardins de Kenadsa le calme et la somnolence douce des autres jardins sahariens, sans pourtant ce « quelque chose » de mystérieusement oppressant qui est l’âme des palmeraies profondes et des forêts.


Le jour baisse. Les dattiers baignent dans l’incarnat du ciel violent. Nous sortons des jardins où va monter la fièvre.

De grandes ombres violettes s’allongent sur les pierres qui rougeoient aux derniers feux du soleil.

— Éternelle ivresse des soirs du Sud, quotidienne et jamais pareille, si longtemps que mes yeux brilleront je ne me lasserai pas de sentir ta puissance couler en moi ! Qu’elle est belle et seule et prenante, cette heure triste, presque angoissante, où, tout à coup, on sent le désert s’assombrir et se refermer, comme devant garder à jamais les intrus qui franchirent son seuil désolé pour pénétrer dans ses délices !

L’AMOUR A LA FONTAINE