Sur le sentier qui longe le rempart, les femmes du ksar viennent à la fontaine de Sidi-Embarek. Dans l’illumination la plus belle du soleil qui va mourir, leurs voiles prennent des teintes d’une intensité inouïe. Les étoffes chatoient, magnifiées, semblables à des brocards précieux. De loin, on croirait les ksouriennes vêtues des soies les plus rares, brodées d’or et de pierreries. Conscientes un peu de leurs grâces, ces femmes s’agitent, leurs groupes se mêlent, et la gamme violente des couleurs change sans cesse, comme un arc-en-ciel mobile.

Quelques-unes, des Soudanaises ou des nomades surtout, se dessinent en mouvements purs, en poses impeccables, en cambrures de reins et en courbes de bras pour élever jusqu’à leur épaule les lourdes amphores pleines.

Il en est d’autres dont le visage, beau de traits et d’expression, s’éloigne des joliesses et des coquetteries connues par une sensualité timide et farouche à la fois dans le regard ; et sous cette sorte d’hypocrisie naturelle, qui est peut-être l’affirmation première de la pudeur, passe, tout à coup, comme un regard à travers le masque, l’éclair d’un brusque sourire, où éclate librement l’ardeur des sens.


Une forte odeur de peau moite et de cinnamone monte des groupes, dans la tiédeur de l’air.

Des hommes, nègres ou nomades, Douï-Menia, Ouled-Djerir, Ouled-Nasser, viennent abreuver leurs chevaux.

Tandis que les esclaves noirs rient et plaisantent avec les femmes qu’on ne daigne même pas leur cacher, les hommes du désert regardent celles-ci du coin de l’œil, avec de courtes flammes dans leurs prunelles fauves.

Combien d’intrigues se sont ainsi nouées près de l’Aïn Sidi-Embarek, tandis que les chevaux, las, tendaient leurs naseaux au jet frais de l’eau souterraine !

Par des gestes à peine esquissés, par de brefs regards, nomades et ksouriennes se comprennent et se promettent les heures propices des nuits.

Là encore, je retrouve un peu de la poésie des amours arabes, des amours nomades qui, si souvent, finissent dans le sang.