Les juives, moins surveillées, plus hardies, abordent librement les hommes, distribuent des œillades provocantes, sous leurs paupières qu’ont rougies les fumées âcres des palmes sèches, dans les échoppes noires du Mellah.
C’est l’heure libre et gaie, l’heure où, loin de l’autorité pesante des hommes, les femmes jasent et rient, et jouent le jeu dangereux.
Je pense, devant ces primitivités, à d’autres romans jolis et compliqués, au fond les mêmes que ceux-là — à moins que l’essence de l’amour soit justement dans sa recherche nuancée et dans sa souffrance d’impossible plutôt que dans le geste fou… Mais pour combien d’êtres cela est-il vrai ?
Sous d’autres couleurs moins belles que ces simples voiles, où le corps se dessine encore, la passion s’offre dans les villes, et souvent si laide, si répugnante — la passion vorace qui veut la vie, qui veut perpétuer la vie par tous les recommencements. Plus haut, plus loin, sous les apparences de l’esprit, sous les sourires les mieux étudiés, dans les salons les plus corrects, comme ici près de la fontaine du désert, se trahira encore la violence d’un appétit qui enflamme les yeux, qui altère les voix, qui fait passer une ombre blanche sur les lèvres frémissantes…
Ah ! comme j’ai vécu déjà dans tous les hommes et dans toutes les femmes ! et combien cette sensualité éternelle, qui coule dans les veines du monde, m’attrista quand j’y voyais l’effrayante image de la fatalité.
Maintenant, je puis, sans angoisse, suivre de mes yeux amusés le jeu naturel. L’amour n’a pas ici d’autre ambition que lui-même, et c’est à quoi nous devrions peut-être le ramener, pour nous humilier devant la nature, pour blasphémer ce qui n’a pas d’emploi en nous, l’inutile organe, cette âme inquiète qui ne trouvera pas de repos.
GITANES DU DÉSERT
J’aime à noter le caractère des races indigènes si diverses et qui savent se garder à peu près pures.
Voici, par exemple, des femmes étranges, même ici, qui nous arrivent d’un campement de Douï-Menia-Ouled-Slimane, installé pour quelques jours au pied de la Barga, à l’est de Lella Aïcha.