Leurs mains sombres agitaient les doubles castagnettes en fer des fêtes soudanaises. Tantôt, les castagnettes battaient une cadence sauvage, tantôt elles se heurtaient presque sans bruit.

… Mais les négresses se détachèrent peu à peu du sol et flottèrent dans l’air.

Leurs corps s’allongèrent, se tordirent, se déformèrent, tourbillonnant comme les poussières du désert aux soirs de siroco. Enfin, elles s’évanouirent dans l’ombre des solives enfumées du plafond.

Mes yeux s’ouvrirent péniblement. Mon regard traîna sur les choses. Je cherchais les étranges créatures qui, quelques instants auparavant, dansaient devant moi.

Je les avais vues, j’avais entendu leurs rires de gorge semblables à de sourds gloussements, j’avais senti sur mon front brûlant les souffles chauds que soulevaient leurs voiles. Elles avaient disparu, me laissant le souvenir d’une angoisse inexprimable…

Où étaient-elles maintenant ?

Mon esprit fatigué cherchait à sortir des limbes où il flottait depuis des heures ou depuis des siècles : je ne savais plus.

Il me semblait revenir d’un abîme noir où vivaient des êtres, où se mouvaient des choses subissant des lois différentes de celles qui régissent le monde de la réalité, et mon cerveau surchauffé s’efforçait douloureusement à chasser les fantômes qui le hantaient.

LE PARADIS DES EAUX

Un grand silence pesait sur la zaouïya accablée de sommeil. C’était l’heure mortelle de midi, l’heure des mirages et des fièvres d’agonie. La chaleur s’épanouissait sur les terrasses incandescentes et sur les dunes qui scintillaient au loin.