Je m’abandonnais aux visions nombreuses, aux extases lentes du Paradis des Eaux… il y avait là d’immenses étangs glauques sous des dattiers gracieux ; là coulaient d’innombrables ruisseaux clairs ; des cascades légères ruisselaient des rochers couverts de mousses épaisses ; de toutes parts des puits grinçaient, répandant alentour des trésors de vie et de fécondité…
Quelque part, très loin, une voix monta, une voix blanche qui glapissait dans le silence. Elle venait des horizons inconnus, à travers les verdures et les ombrages éternels.
La voix troubla mon repos. De nouveau, mes yeux s’ouvrirent sur la petite chambre de mon exil volontaire.
La voix s’affirma réelle, monta encore : l’homme des mosquées annonçait la prière du milieu du jour.
L’esclave qui me veillait dressa alors l’index noir de sa main droite, il attesta l’unité de Dieu et la mission prophétique de son Envoyé, puis il se leva, drapant son grand corps d’ébène dans ses voiles blancs.
Il pria. A chaque prosternation, sa koumia, sorte de long poignard marocain à lame courte et à gaine de cuivre ciselée, heurta le sol. Il disait « Dieu est le plus grand ». Et il se prosternait, le front dans la poussière, le regard tourné vers La Mecque.
Je suivais des yeux les gestes lents de l’esclave.
Quand il eut fini de prier, le Soudanais reprit sa place auprès de moi et agita de nouveau son long chasse-mouches de crin orangé.