Des vapeurs rousses montaient des terrasses qui se fendaient. Dans l’air immobile, lourd comme du métal en fusion, aucune brise ne passait, aucun souffle. Mes vêtements blancs étaient trempés de sueur, et je sentais un poids écrasant oppresser ma poitrine. Une soif brûlante, une soif atroce que rien ne pouvait apaiser, me dévorait. Mes membres étaient brisés et endoloris, et ma tête pesante roulait sur le sac qui me servait d’oreiller.
L’esclave trempa un lambeau de mousseline dans un vase plein d’eau et en humecta mon visage et ma poitrine. Puis, il me versa dans la bouche quelques gouttes de thé tiède à la menthe.
Je soupirai, étirant mes bras engourdis.
La voix du moueddhen s’était tue sur le ksar, accablé de chaleur. Mon esprit plana de nouveau dans les régions vagues, peuplées d’apparitions étranges, où coulaient les eaux bénies.
Le jour de feu s’éteignait dans le rayonnement rose de la vallée et des collines. Au delà des sebkha de sel, les dattiers s’allumèrent comme de grands cierges noirs.
De nouveau, le moueddhen clamait son appel mélancolique. J’étais tout à fait éveillée maintenant. Mes yeux aux paupières meurtries et alourdies s’ouvraient avidement sur la splendeur du soir. Soudain, une tristesse infinie descendit dans mon âme. Des regrets enfantins m’envahissaient.
J’étais seule, seule dans ce coin perdu de la terre marocaine, et seule partout où j’avais vécu et seule partout où j’irai, toujours… Je n’avais pas de patrie, pas de foyer, pas de famille… Je n’avais peut-être plus d’amis. J’avais passé, comme un étranger et un intrus, n’éveillant autour de moi que réprobation et éloignement.
A cette heure, je souffrais, loin de tout secours, parmi des hommes qui assistent, impassibles, à la ruine de tout ce qui les entoure et qui se croisent les bras devant la maladie et la mort en disant : « mektoub ! »
Ceux qui, sur d’autres points de la terre, auraient pu penser à moi, songeaient sans doute à leur bonheur. Ils ne souffraient pas de ma souffrance… Ah, certes, c’était écrit !