Plus lucide, calmée, j’ai méprisé ma faiblesse et j’ai souri à mon malheur.
Si j’étais seule, n’était-ce pas que je l’avais voulu aux heures conscientes où ma pensée s’élevait au-dessus des sentimentalités lâches du cœur et de la chair également infirmes ?
Être seul, c’est être libre, et la liberté était le seul bonheur nécessaire à ma nature inquiète, impatiente, orgueilleuse quand même.
Alors, je me dis que ma solitude était un bien. Je la désirai pour moi, pour mes amis, pour tous ceux qui me ressemblent. Je la désirai comme notre bien, comme le séjour divin de notre immortalité. J’entrevis avec une pitié suprême les salons brillants où d’autres danseraient en souriant à des sottises, les loges de théâtre où ils se coudoieraient. Je froissai dans mes mains sèches la pauvre étoffe de leurs rêves. Je mesurai des yeux la place de leur tombe et la mienne… Une grande paix mélancolique et douce descendit en moi. L’heure passa…
Un souffle chaud se leva vers l’Ouest, un souffle de fièvre et d’angoisse. Ma tête déjà lasse retomba sur l’oreiller ; mon corps s’anéantissait en un engourdissement presque voluptueux mes membres devenaient légers, comme inconsistants.
La nuit d’été, sombre et étoilée, tombait sur le désert. Mon esprit quitta mon corps et s’envola de nouveau vers les jardins enchantés et les grands bassins bleuâtres du Paradis des Eaux.
IMAGES FORTES
Dans la grande lassitude heureuse où je suis tombée, je n’ai plus la force de penser attentivement. Les images s’associent dans mon esprit de la façon la plus fugace. Ce sont des frottis, des esquisses d’une légèreté diaphane ; puis, soudain, les contours se précisent, et des scènes que j’avais oubliées se gravent à l’eau-forte devant mes yeux.
Toute une heure je me suis revue à Aïn-Sefra. J’en avais retrouvé des notes sur un carnet et je les feuilletais comme des images enfantines qui traînent sur un lit de malade…
Il y avait, dans un café maure, parmi la foule pittoresque et fauve, un petit tirailleur hébété. Je le vois très nettement… Il doit être un peu gris. Et voilà qu’il se met à chanter. Bientôt sa voix de tête domine toutes les autres. Tout à coup, il s’arrête et laisse tomber son front sur la poitrine du voisin :