Au milieu des éclats de rire, il déboucle déjà son ceinturon…
MUSIQUES DE PAROLES
La fièvre me reprend.
Pour fixer mes idées qui vacillent, j’aurais voulu noter quelques maximes que laissa tomber devant moi Sidi Brahim, le marabout de Kenadsa. Mais déjà le calam tremble dans mes doigts, les lettres de mon écriture s’amplifient, serpentent, rampent aux murs. Ce sont des inscriptions vivantes, menaçantes et qui, soudain calmées, chantent d’une voix séculaire et suave :
« Malédiction au monde et à ses jours, car la vie est créée pour la douleur… Mais — ô surprise ! — la vie est ennemie aux hommes, et ils l’adorent ! »
Non, ce n’est pas une pensée de cloître, une pensée froide, c’est une délicieuse musique. Elle me pénètre et me soulève d’une émotion profonde, comme si quelque esprit parlait à mon esprit pour me dire : « Oublie ! »
Et voici que mon âme est comme une grande coupe qui déborde, d’avoir contenu ces mots :
« Le monde coule vers la tombe comme la nuit coule vers l’aurore ! »