Je voudrais m’endormir à ces voix, en écoutant celui qui veille à mon chevet et ceux qui chantaient à cheval, près de moi, quand nous traversions, au matin, la hamada lumineuse :

« Fais-moi connaître ce qu’est devenu ma bien-aimée.

« Vit-elle ou est-elle morte ?

« Si elle se souvient de moi, et si elle pleure, j’en mourrai. — Et qu’alors ses larmes servent à laver mon corps.

« Si elle m’a oublié, si elle rit, si elle joue, si elle défait ses cheveux, j’en mourrai. Et qu’alors ses cheveux servent de linceul pour m’ensevelir. »

PUISSANCES D’AFRIQUE

La fièvre m’a quittée par répits, mais je suis encore lasse et sans appétit d’action. Voilà très longtemps que je n’ai pas reçu de lettres et je n’en attends plus. Je travaille à noter mes impressions du Sud, mes égarements et mes inventaires, sans savoir si des pages écrites pour écrire intéresseront jamais personne.

J’ai voulu posséder ce pays, et ce pays m’a possédée. A certaines heures, je me demande si la terre du Sud ne ramènera pas à elle tous les conquérants qui viendront avec des rêves nouveaux de puissance et de liberté, comme elle a déformé tous les anciens.

N’est-ce pas la terre qui fait les hommes ?…

Que sera l’empire européen d’Afrique dans quelques siècles, quand le soleil aura accompli dans le sang des races nouvelles son œuvre lente d’assimilation africaine et d’adaptation aux rythmes profonds du climat et du sol ? A quel moment nos races du Nord pourront-elles se dire indigènes comme les Kabyles roux et les ksouriennes aux yeux pâles ?