Ce sont là des questions qui me préoccupent souvent. J’y penserai plus tard. D’autres y répondront pour moi.

Il est une seule chose que je sens profondément vraie c’est qu’il est inutile de lutter contre des causes profondes et irréductibles et qu’une transposition durable de civilisation n’est pas possible.

Les émanations africaines, je les respire dans les nuits chaudes comme un encens qui montera toujours vers de mystérieuses et cruelles divinités. Nul ne pourra renier complètement ces idoles ; elles apparaîtront encore monstrueuses, dans les soirs de fièvre, à tous ceux qui poseront leur nuque sur cette terre pour y dormir, les yeux dans les froides étoiles.

MOGHREB

Quel soulagement allant jusqu’à la volupté, quand le soleil baisse, quand les ombres des dattiers et des murs s’allongent, rampent, éteignant sur la terre les dernières lueurs !

La morne indifférence qui s’était emparée de moi, aux heures diurnes de malaise, se dissipe ; et c’est de nouveau d’un œil avide et charmé que je regarde la quotidienne splendeur d’un décor déjà familier. La beauté simple de ce pays aux lignes sobres se pare de couleurs à la fois chaudes et transparentes. Des vibrations glorieuses montent du sol stérile et relèvent brusquement la monotonie des premiers plans, tandis que des vapeurs diaphanes noient les lointains.

Tous les êtres affaissés se redressent alors plus grands et plus beaux : c’est une douce et très consolante renaissance de l’âme tous les soirs.

Dans les jardins, la dernière heure chaude du jour s’écoule pour moi délicieuse, en de tranquilles contemplations, en des entretiens paresseux coupés de longs silences.

Au « moghreb », quand le soleil est couché, nous allons prier dans la hamada qui précède les grands cimetières et la koubba de la bienheureuse Lella Aïcha, dont les blancheurs s’irisent.

Tout est calme, tout rêve et tout sourit, à cette heure charmante.