Des vapeurs d’huile montaient de ces étalages et des nuées de mouches bourdonnaient.

Quittant les quais, des hommes demi-nus, des débardeurs excédés de fatigue et de chaleur vinrent en bandes.

Ils s’arrêtèrent d’abord près de la fontaine et, les uns après les autres, se lavèrent les mains qu’ils secouèrent simplement pour les sécher.

Puis, ils allèrent se presser en masse houleuse et compacte devant les éventaires.

Les plaisanteries grassement patoisées, les marchandages, les offres, les discussions allaient leur train, et les sous de cuivre tombaient avec un bruit sourd et continu, sur les planches.

Et, de toute cette foule affamée, un fumet sauvage de sueur mâle montait sous le soleil.

Orschanow s’était fait aux nourritures huileuses et pimentées, aux oignons crus, aux olives.

Perrin haussait les épaules, préférant emporter un bon litre de vin blanc, avec un pain et un morceau de fromage, des choses comme chez eux, qui vous tenaient au moins au ventre, disait-il.

Portant leurs papiers gras sur le plat de la main droite ouverte, le pain sous le bras et la bouteille à l’autre main, les ouvriers coururent occuper les places à l’ombre des maisons, le long du quai. Assis sur le bord du trottoir, les pieds dans le ruisseau sec où traînaient de la paille et des ordures, ils mangèrent avidement, sur leurs genoux.

A chaque instant, un bras se levait, avec une bouteille rouge ou blanche, une tête se renversait en arrière, les muscles d’un cou bronzé se tendaient et saillaient dans la découpure ronde du maillot.