Dans la nuit chaude où traînaient des relents de musc et de femelle, Orschanow se promenait sans hâte, entrant dans les bouges et s’attablant, sans boire, car il ne recherchait plus l’alcool, depuis qu’il avait quitté la Russie.
Ces spectacles des vieilles rues de prostitution, de misère et de crime, pleines de chants et d’ivresse, concordaient bien avec la disposition d’esprit d’Orschanow.
Au lieu de dégoût ou de curiosité, Orschanow se sentait soulevé par tout le désir aveugle qui déferlait à travers la ville haute.
Enfin, comme il redescendait du Calvaire des Accoules par des rues obscures et humides, il vit une femme, en sarrau rouge, avec un fichu jaune canari sur une extraordinaire chevelure noire, défaite et qui roulait comme une vague sur ses épaules tombantes.
Elle était très jeune, et son masque pâle, presque exsangue, était d’une beauté étrange, d’un type méditerranéen si mêlé, si complexé, qu’il était indéfinissable.
Digo, pitchoun !
C’était une autre femme, une grosse en robe à traîne, avec des fleurs dans ses cheveux blonds, qui appelait Orschanow.
La fille brune gardait le silence, le dos appuyé contre la muraille.
Elle ne souriait même pas.
Orschanow s’aperçut qu’elle était nu-pieds.