Les bateaux italiens amenaient tous les jours des bandes d’hommes décharnés, haillonneux, le masque anguleux et rasé, qui débarquaient, le dos courbé sous de maigres baluchons.

L’œil sournois, la tête baissée, ils montaient tout de suite vers les taudis de la haute ville, et tout de suite ils y trouvaient des pays.

Le lendemain, ils réapparaissaient sur les quais.

Ils accostaient les contremaîtres, le chapeau à la main, humbles et offraient leurs bras noueux de meurt-de-faim, à vil prix.

Les salaires baissaient.

Dès qu’un ouvrier ancien essayait de protester, on le renvoyait, car on avait une inépuisable réserve d’Italiens.

Un matin, une rixe éclata devant l’embarcadère de la Transatlantique, comme de nouveaux Calabrais venaient s’offrir.

Les débardeurs les écartèrent, avec des injures et des menaces. On se battit. Des couteaux luisirent, du sang coula. Dix ouvriers furent renvoyés le soir. Ils restèrent sur le quai, jusqu’à la nuit, en un groupe tumultueux où s’esquissaient des gestes violents.

Aux Forges de la Méditerranée, un débardeur resté inconnu assomma à coups de poings un Italien et le noya…

Alors, les camarades d’Orschanow lui dirent que c’était à lui, le plus instruit, de les guider.