Il aimait bien ce camarade simple et droit, qui l’avait aidé dans ses débuts de trimardeur en France.
Mais cela encore, cette accoutumance, cette amitié, Orschanow allait le quitter, volontairement, comme il avait quitté ses camarades d’antan, sa vie d’étudiant et Véra elle-même.
L’exil et les séparations avaient pour lui un grand charme mélancolique.
Il aimait surtout, le lendemain, en recommençant une vie nouvelle, à se retrouver seul avec ses souvenirs et les fantômes d’un passé récent.
*
* *
Orschanow prévoyait, à la suite de la grève, de grands troubles. Il y aurait certainement des rixes entre grévistes et Italiens.
Les Babi travaillaient, surtout aux Transports Maritimes.
Dans la joie du premier jour, on n’était pas allé encore les inquiéter. On parlait d’eux avec dédain. Mais cela ne durerait pas… Quand l’alcool aurait échauffé quelques têtes, il y aurait certainement du tapage.
Si on allait empêcher les Italiens de travailler, Orschanow irait : oui, n’était-ce pas logique et indispensable ?
Il n’avait aucune haine pour ces sobres fourmis venues de loin apporter leur chair de peine, pour de moindres salaires. Autant que les autres, il les plaignait… Mais c’était la guerre, l’inévitable guerre.