De hautes collines arides, une vieille citadelle espagnole, des falaises rouges baignant dans la mer violette et, sur les choses, un rayonnement, chaud et doré…

Dans l’air, un parfum étranger et pénétrant, une senteur indéfinissable qui venait par bouffées de la côte ensoleillée.

Une impression de langueur voluptueuse d’abandon et de rêverie sensuelle.

Orschanow ressentit tout cela inconsciemment, encore dans l’agitation joyeuse de l’arrivée, tandis que le Berry manœuvrait et accostait.

Les soldats et les engagés volontaires suivirent un caporal qui les attendait et qui les appela les uns après les autres d’après une liste qu’on lui remit.

Puis, le détachement se mit à gravir les escaliers et les pentes surchauffées, longeant des jardins poudreux où montait le cri immense des cigales.

Il suivait en silence ses camarades bruyants, lui, dont les yeux se grisaient de lumière alternant avec de grandes ombres transparentes et colorées, et de couleurs criardes et chatoyantes, dans le va-et-vient brutalement animé de la plèbe espagnole.

Pour accueillir Orschanow qui l’aimait sans la connaître et qui la désirait, la terre d’Afrique s’était faite ce jour-là superbe et souriante royalement.

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Des champs moissonnés en or pâle dans la limpidité infinie de l’air, des vignobles où chantaient les vendangeurs marocains, des collines rousses tachetées du relief des oliviers… Une grande fécondité de la terre sous la caresse ardente du soleil…