Les petites gares se succédaient, le petit train s’en allait lentement, comme pour une promenade.
Les étroits compartiments en planches étaient bondés de soldats, qui chantaient et riaient.
Moins bruyants, plus envieux peut-être du lendemain, les engagés de la Légion étaient parqués ensemble.
C’étaient pour la plupart de jeunes gars alsaciens ou allemands, réfractaires ou déserteurs qui échangeaient la servitude militaire sous le ciel natal contre une autre, au loin.
Le Belge avait acheté des journaux et lisait. Le grand jeune homme blond regardait distraitement le paysage. Il gardait une impassibilité presque dédaigneuse et tenait les camarades à l’écart, sauf le Belge avec lequel il causait parfois par petites phrases ironiques et brèves, avec un indéfinissable accent.
En wagon, un Alsacien avait demandé à Orschanow d’où il était. Oubliant ce qu’il avait déclaré au bureau de recrutement, Orschanow avait répondu qu’il était russe.
Alors le grand jeune homme silencieux s’était retourné vers lui et l’avait dévisagé attentivement. Orschanow avait deviné en lui un compatriote, mais ils n’avaient pas échangé une seule parole.
Orschanow était tout à l’entreprise nouvelle de cette Afrique inconnue, et il n’éprouvait aucun besoin de parler, de se mêler aux autres…
Le décor calme et encore souriant de cette Algérie des colons se déroulait dans la lueur bleuâtre du matin.