Perrégaux, un petit village espagnol noyé de verdures luxuriantes, avec des allées d’eucalyptus et de faux-poivriers pleines d’ombre et de fraîcheur…
Puis, au sommet d’une côte, un large oued barré, formant un petit lac limpide au pied de hautes collines boisées de pins maritimes et de thuyas odorants.
Plus loin, ce fut la plaine, des champs et des champs, des vignes immenses aux feuillages rougis par le soleil…
Tout à coup, brusquement, après le village de Thiersville, tout changea.
Plus de cultures, plus de fermes. La steppe infinie, nue, sauvage, avec le mouchetage innombrable des touffes de palmiers nains et parfois la tache blanchâtre d’un troupeau de moutons gardé par de petits bergers arabes accourant pour voir passer le train, avec de grands cris joyeux.
Comme cette steppe âpre et brûlée ressemblait à celle aux confins de laquelle s’élevait la triste Pétchal où Orschanow avait appris à rêver et à aimer la vie errante !
A l’horizon une brume chaude estompait les montagnes lointaines et la plaine semblait sans fin, d’une plage du ciel à l’autre.
Inféconde et ardente, possédée de toute éternité et jalousement dominée par la seule lumière qui y vit et qui s’y joue, la steppe africaine révéla à Orschanow initié et fervent son charme mortel, son emprise et ses sortilèges, en cette première heure de l’arrivée.
Et Orschanow dédaigna alors les paysages italiques et souriants du Tell, pour aimer la steppe qu’il voyait belle et calme, malgré la vague menace très mystérieuse qui planait aux lointains de feu…