En approchant de Saïda, subitement le temps avait fraîchi, un grand vent s’était mis à souffler qui balayait la vallée. Les engagés retrouvaient l’hiver, un hiver étrange qui rappelait des automnes au pays.

Les montagnes étaient couvertes de neige, et cela faisait un étrange contraste avec les feuillages persistants des oliviers, énormes, noueux, et des eucalyptus grêles…

A l’arrivée, les « bleus » avaient été bousculés, traînés de bureau en bureau, enfin habillés, tant bien que mal.

Perrin était le moins mal ficelé, il avait été soldat et savait se « frusquer » régimentairement. Il avait retrouvé le pli.

Orschanow se sentait gêné sous le pantalon rouge, tout neuf, raide ; sa capote lui battait les jambes ; cela lui semblait un déguisement. Quand ils s’étaient regardés, Perrin et lui s’étaient mis à rire, comme des enfants.

— Faut s’habituer, on se sent tout drôle, les premiers jours. Mais, tu sais, on s’y fait vite… je connais le métier, on t’apprendra.

Perrin retrouvait là les souvenirs de ses trois années de service, et cela lui causait du plaisir, malgré tout.

Ce qui l’ennuyait, c’était de coucher sous la tente par un froid qui était devenu aigre. Vers le soir, le vent de la montagne secouait furieusement les pauvres petits « marabouts » de toile.

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A cinq heures, après la soupe, sans avoir travaillé, les « bleus » se trouvaient éreintés, la tête vide. Le lendemain, on devait les présenter au colonel. Ensuite, commencerait leur instruction.