— J’ai idée qu’il faut demander à être inscrit au peloton des élèves-caporaux, dit Perrin. C’est plus dur, mais au moins on a des chances de s’en tirer.
— Le tableau de travail est plus chargé ?
— Pour ça, bien sûr.
— Alors, j’aime autant ne pas en être. Reposons-nous d’abord, prenons le temps de connaître les gens avec qui nous sommes obligés de vivre. Après on aura toujours le temps.
Assis devant leur « marabout », Orschanow et Perrin regardaient le camp presque désert, à cette heure de liberté attendue impatiemment toute la journée.
Orschanow avait l’impression que ses heures de vie, à lui, pour cinq années, commençaient ce jour-là.
De cinq à neuf heures, il vagabonderait dans la ville et dans la campagne, à sa guise, libre de penser et de rêver. Si quelque jour la vie de soldat venait à lui être pénible, il aurait en consolation ces quatre heures de loisir quotidien qui lui appartiendraient, que personne ne lui disputerait.
Un soldat s’approcha d’eux. C’était un grand blond, aux yeux gris fer, intelligents. Il demanda du feu, alluma une longue pipe allemande, et s’assit près d’Orschanow et de Perrin.
— D’où êtes-vous, vous autres ?
— Moi, je suis Suisse ; le camarade est Russe. Et vous donc ?