Plus tard, il se passionna pour le fleuve, devenant l’ami des matelots et des bourlaki (haleurs) du port fluvial.
Il aima le chantier bruyant, l’odeur résineuse des bois robustes du Nord, débités, façonnés, pour servir à la construction des grandes barques qui, dès le printemps, s’en allaient vers les villes du Midi, le long de la Volga nourricière !
Dmitri épelait avec ivresse ces noms lointains, Saratow, Tsaritsyn, Astrakan…
Il faillit pleurer, d’une émotion inconnue, quand il assista pour la première fois au départ des bourlaki, accompagnés par les prières et les chants solennels du clergé…
Ils chantaient, eux aussi, les bourlaki, sur leurs barques pavoisées… Ah ! ces chants de liberté, de tristesse infinie, de sauvage audace ! Ils éveillèrent tout un monde de rêveries merveilleuses dans l’âme esseulée de Dmitri, ils le charmèrent, lui donnèrent pour toujours la soif de la vie errante. Partir, partir, s’en aller au plus lointain des lointains terrestres, pas en touriste, en barine riche et désœuvré, mais en rude et pauvre matelot.
Aller, aller toujours !
Dmitri n’enviait pas Pierre Iwanowitch Rostow, le maréchal de la noblesse, qui avait, disait-on, visité toute l’Europe. Ceux dont le sort l’attirait, c’étaient les stranniki, les innombrables vagabonds, pèlerins et errants russes, et les tziganes, et les matelots, et les bourlaki.
Dès son entrée à l’école, Dmitri haït cette réclusion, cet esclavage maussade. Il eut des révoltes brutales qui faillirent le faire chasser bien des fois.
Il étudia sans goût, pour ne pas déplaire à son père, qu’il aimait d’un amour étrange, presque douloureux inconsciemment.