Tout petit, il connut la pitié attendrie jusqu’à l’angoisse, pour toute souffrance, surtout pour celle des humbles, les paysans et les bêtes.

Son indignation violente devant l’injuste le rapprocha plus tard, au gymnase, de ses camarades imbus d’idées libertaires.

Il découvrit vers cette époque, dans une aile abandonnée de la maison paternelle, une vaste salle aux murs couverts de rayons où s’entassaient des livres et des manuscrits, sous la poussière grise de l’oubli : il y avait là des trésors de science ethnographique.

Vingt ans auparavant, l’oncle de Dmitri, le docteur Wladimir Orschanow avait été exilé en Sibérie pour ses opinions libérales. Il était mort là-bas, laissant à son frère Nikita ses livres et ses études personnelles.

Dmitri passa ses nuits dans l’appartement de son oncle, à lire et à étudier, ravi et charmé par ce décor suranné, ces tentures fanées, aux teintes adoucies par vingt années d’abandon et d’obscurité…

Là, il conçut un culte passionné pour cet oncle martyr qu’il n’avait pas connu. Il résolut de l’imiter, de devenir, comme lui, médecin et apôtre.

Sincèrement, il crut se découvrir la vocation de cet apostolat humanitaire.

Ce fut plein d’énergie et d’espoir qu’il entra à la Faculté de Médecine de Pétersbourg.

Les deux premières années, il travailla avec acharnement, aidé par une singulière facilité d’étude.

Il prit part, dès le premier jour, aux réunions et aux entreprises révolutionnaires.