L’officier eut un vague regard d’étonnement, en entendant la voix de Perrin trembler, émue. Il passa à Orschanow.

— Il n’y avait pas d’ouvrage, mon colonel. On avait faim et froid, en Savoie, à Marseille, la misère…

Orschanow avait dit qu’il était ouvrier, lui aussi.

Le colonel le regardait plus attentivement :

— Il y a des choses qui se savent ici, parce qu’on les raconte, et d’autres qui ne se savent pas. Je n’ai pas le droit de vous les demander. Mais il y a des cas qui m’intéressent à un autre point de vue, et qui peuvent intéresser votre classement. On m’a dit que vous aviez été étudiant en médecine avant de travailler la terre. Pourquoi avez-vous lâché ?

— Par goût, mon colonel.

— Oui, enfin, c’est votre affaire. Ici, avec de l’ordre, de la conduite et surtout de la discipline, vous pouvez faire votre chemin. Je suis surtout impitoyable pour l’ivrognerie, souvenez-vous en. Allez !

— J’ai dit que c’était pour servir la France, insista Perrin en sortant, parce que, vois-tu, ça me fait toujours quelque chose quand je suis forcé de dire que je suis Suisse.

CHAPITRE II

Ce soir-là, après la soupe, ce fut leur première sortie en ville.