Des lanternes s’allumaient, dans les petites chambres toutes blanches et toutes nues, et là quelques misérables lits s’offraient couverts d’indienne, ou plus simplement encore le gros tapis bédouin, étalé à terre, à côté d’un vieux coffre vert aux peintures de fleurs.
Une senteur violente flottait alentour, mélange d’eau de rose, de sueur, d’absinthe et de tabac.
Lâchée à travers cet étal de chair « la troupe » hurlait son rut ardent, son désir de joie, de détente et d’oubli…
Un rauquement coupé de cris plaintifs monta d’une place où l’ombre se faisait : des gens de la campagne faisaient agenouiller des chameaux.
Tandis qu’Orschanow s’enivrait de tout cet inconnu dont il voyait la splendeur nouvelle, malgré les oripeaux et la misère ambiante, Perrin errait, les bras ballants, pris de stupeur.
— Arrêtons-nous, buvons un café maure, dit Orschanow, pour s’asseoir sur une natte et pour regarder en repos un coin qui l’avait charmé.
Perrin hésita, puis, gauchement, il s’assit sur un banc, à côté d’un spahi qui lui fit de la place.
Perrin avait dit : « Bonjour tout le monde ». Seuls le spahi et les femmes, tout de suite accourues, répondirent. Orschanow s’étendit à demi sur la natte.
Il avait du sang musulman, du côté de sa mère, dont les ascendants étaient des tartares et il subissait l’afflux de tout cet atavisme inconscient.