— Non, mais j’en ai une femme, au village nègre, qu’elle fera le couscous. Sans faute, tu viendras ?

— Bien sûr. Passe me prendre au quartier, à cinq heures.

— Moi, tu sais, j’en ai pas beaucoup des amis parce que je suis trop fier et trop civilisé. Si tu veux pas qu’on se foute de toi, tais-toi et sois malin. Tu as besoin de personne, je te ferai voir tout ce que tu voudras… avec moi tu es tranquille.

Et Mohammed prenait maintenant des intonations fraternelles pour parler à Orschanow.

*
* *

Le lendemain, l’Arabe vint à cinq heures chercher son ami. Les camarades louchèrent un peu de cette amitié insolite entre un légionnaire et un indigène. Mais Orschanow continuait à se tenir à l’écart des autres, pris tout entier par ce pays qui le grisait d’une ivresse singulière.

Perrin avoua en souriant qu’il avait fait la rencontre d’une Espagnole au bar, qu’elle ne lui déplaisait pas, et qu’il avait rendez-vous avec elle pour ce soir-là. La vie indigène, trop différente, lui faisait encore peur, le rebutait même. Il avait envers ces hommes d’une autre race une méfiance persistante.

*
* *

Dans une petite masure passée à la chaux, aux murs en planches branlantes, un tapis à grands ramages verts et jaunes était étendu. Contre le mur, des coussins recouverts d’indienne, au lieu de sièges. Un chandelier de cuivre posé à terre et un grand coffre peinturluré, avec de très vieilles ferrures, complétaient l’ameublement.

Une Mauresque en mlahfa blanche, jeune, mais de visage las, avec, au front, le tatouage des bédouines et des sonnailles gaies de bracelets aux poignets et aux chevilles, salua les deux hommes, leur baisant la main. Sa voix lente était un peu rauque avec des intonations caressantes.