— Donne.
Et, comme ils mangeaient, dans un plat unique, la cuisine pimentée et parfumée d’herbes odorantes, on frappa.
C’était Aïcha, une brune frêle, bronzée, avec ce lourd regard impénétrable et farouche des bédouines qu’Orschanow avait remarqué et qui lui donnait un trouble étrange. Elle lui parut très belle, avec ses voiles bleu sombre sur lesquels les bijoux d’argent mettaient des lueurs étranges. Elle était plus jeune que Zohra : son visage tatoué au front avait une fraîcheur de fleur sauvage.
Assise dans un coin, silencieuse, elle gardait une immobilité d’idole. Sa tête était coiffée d’un diadème d’argent ciselé aux pendeloques de corail, tombant en gouttes de sang de ses cheveux noirs. Et elle baissait les yeux, ne regardant pas même ce roumi pour lequel sa sœur l’avait fait venir.
Zohra, plus expansive, voyant que Mohammed était un peu ivre se coula vers lui, humble, rampant presque à terre.
— De l’absinthe, pour l’amour de Dieu !
Lui, toujours souriant, la jeta au tapis d’un revers de coude.
— Pourquoi la bats-tu ? dit Orschanow, le prenant par le poignet.
— Ce n’est rien, ça… si tu voyais comme je la bats, quand ça me plaît, quand je suis en colère ! ça lui fait plaisir… Dis, ça te fait plaisir, hein ?
Elle se hasarda à lever la tête, avouant, de peur d’être battue encore.