Et alors, bon prince, Mohammed lui versa à boire, lui donna une cigarette.
— Aïcha, approche, viens boire, n’aie pas honte, disait Zohra. Mais l’autre à peine enfuie de son douar, demeurait immobile.
Mohammed poussa son camarade :
— Elle a honte.
La tête d’Orschanow tournait délicieusement. Ce décor d’orgie brutale ne lui déplaisait pas. Combien il s’était méprisé, jadis, de ce goût de l’amour brutal qu’il se connaissait bien, et qui le jetait souvent à des aventures dont il restait honteux ! Maintenant il s’y abandonnait, tranquille, conscient malgré son ivresse.
Mohammed lui racontait l’histoire d’Aïcha. On l’avait mariée, elle avait un caractère hautain et indocile, son mari n’avait pas su s’en rendre maître et elle s’était enfuie, rejoignant sa sœur.
— Elles sont souvent comme ça, les bédouines. Il faut savoir les prendre.
Orschanow se laissait gagner par la gaîté sauvage de l’indigène qui luttait à présent avec Zohra, la roulant à terre comme une boule, d’une main. Comme toujours, l’envie lui venait de ces jeux de ce « jus de bras » qui le rendait fou, après.
Et il se leva, ferme sur ses jambes, avec sa résistance à l’alcool d’homme du Nord. Il prit Aïcha, la leva à la hauteur de sa bouche, malgré ses ongles de jeune chatte qui entraient dans la chair de ses poignets, puis la jeta sur les coussins, et, la violentant, l’obligea à boire un verre d’absinthe, pris tout d’un coup d’une obstination animale.
Elle se raidissait pour lui échapper, détournant la tête, les dents serrées. Mais elle dut boire, la gorge meurtrie sous la main d’Orschanow dont les yeux flambaient.