Et soudain, la bougie s’éteignit poussée du pied par Mohammed, et tout chavira dans l’ivresse et les ténèbres…

CHAPITRE IV

Il neigeait, un vent glacé balayait les rues désertes. Orschanow courait, mal dégrisé, pour ne pas manquer l’appel. Il avait fallu que Mohammed le poussât dehors, avec son sang-froid de vieux soldat. Dmitri avait tout oublié, refusant de s’en aller, dans la joie de ses épousailles sauvages.

Maintenant, dans le froid intense, sa tête tournait, une fièvre le brûlait.

Il arriva à temps, au moment où le clairon lançait sa note aiguë.

— Nom de Dieu, dit Perrin, mais t’es saoul !

— Oui, je suis saoul… Que le tonnerre de Dieu emporte un métier comme ça, quand on doit tout lâcher, pour rentrer se coucher comme un gosse !

Et Perrin, soigneux, ramassait les vêtements qu’Orschanow jetait au hasard, et qui gardaient une violente odeur.

Perrin connaissait son camarade, les rages d’amour subites qui le brûlaient.

Ça l’avait toujours étonné, cette fureur, lui qui, tout en aimant la rigolade, gardait toujours son sang-froid. Il ne comprenait pas les ardeurs de l’homme de la steppe, primitif sous son instruction de monsieur, tandis que lui, l’ouvrier fruste, avait derrière lui des générations et des générations de paysans paisibles, alourdis.