Pour faire taire les loustics, plusieurs fois Vialar avait eu à intervenir :

— Nom de Dieu ! Foutez la paix à cet homme. Qu’est-ce que ça vous fait qu’il soit arabe ou espagnol ? Y en a-t-il ici beaucoup, parmi vous, qui aient donné leur vrai nom, leur vraie nationalité en s’engageant ?

— Ça, caporal, c’est vrai ! disait Perrin, en soupirant et gardant toujours le regret d’être obligé de se dire Suisse.

Quand les légionnaires furent en campement sur le plateau d’Aïn-El-Hadjar le Bicot eut l’occasion de rendre quelques services à Orschanow. C’était un excellent soldat, d’une propreté de chatte, toujours en train de laver ses effets, d’astiquer ses cuirs. Il n’avait rien du bleu maladroit qu’il eût dû être, se trouvant à la légion depuis trois mois à peine.

— Pourquoi ne sortais-tu jamais à Saïda, demanda Dmitri.

— Je n’aime pas à rigoler.

— Alors nous sortirons ensemble. Je ne te demanderai rien, tu me raconteras ce que tu voudras. Je ne cherche pas à savoir ce qui ne me regarde pas.

— Quand tu sors, où vas-tu, à Saïda ?

— Je vais au café maure, je me promène aussi sur la route.

— Oui, c’est vrai, sur la route on s’ennuie moins…