Ce qu’il lui fallait, ce à quoi, dans la brume grise de son existence présente, il aspirait de toute son âme, de toute la tension douloureuse de ses nerfs exaspérés, c’était une solution définitive.
Se résoudre enfin, redevenir étudiant, ou sombrer pour toujours en bas, devenir ouvrier ou vagabond, mais pas rester là, en suspens parmi tous ces vaincus de la vie.
Il aimait encore la vie, il avait encore besoin de lumière, d’air pur et d’espace.
Obscurément, à travers son désespoir croissant, il sentait bien cela, et c’était ce qu’il le poussait vers Véra, irrésistiblement.
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Orschanow se réveilla à l’aube, dans un chantier désert où il avait dormi.
Le soleil montait, tout rouge, et une lueur rose passait à la face des choses, comme une ombre de pudeur.
Il faisait tiède et doux. Dans le silence des rues encore désertes, les oiseaux sauvages s’éveillaient, et une gaîté calme montait de ce coin perdu de la banlieue.
De tout temps, Orschanow avait subi, avec une intensité extrême, l’influence des aspects extérieurs. Les jours pluvieux et gris le plongeaient en un morne ennui, tandis qu’il se sentait revivre au moindre rayon de soleil.
Ce jour-là, dans la lumière opaline du matin, Orschanow sentit une joie sans cause, presque un attendrissement sourd en lui.