— Oui, pas comme cette jument efflanquée.

Dmitri, habitué à ces scènes, intervint tranquillement.

— Allons, laissez-la tranquille. C’est pour m’amuser que je suis venu ici, et non pour me disputer.

Le cabaretier, gros, au visage apoplectique et luisant, approuva : — Oui, il a raison, Mitreï Mikititch, faut pas embêter les gens comme ça…

Dmitri et Polia s’attablèrent. Une angoisse inexprimable étreignit tout à coup le cœur d’Orschanow ; il venait de boire un grand verre d’eau-de-vie. Maintenant, il allait être ivre, et voilà, il s’était laissé reprendre de nouveau ! Un moment d’attendrissement avait suffi.

Il entraîna Polia au dehors, pour ne pas continuer à boire.

Elle le poussa doucement vers l’ombre de leur hangar.

Brusquement, quand Orschanow tint Polia dans ses bras, il eut un violent sursaut et la broya sous une telle étreinte qu’elle gémit.

Une idée lui était venue, une vision subite, fulgurante, qui l’avait rendu fou, et qui le laissa brisé en une telle lassitude de volupté, qu’il pouvait à peine penser : au lieu de Polia dolente, tenir Véra ainsi, dans ses bras, la posséder.

Puis, comme il se reprenait un peu, cela lui sembla un sacrilège, dans ce lieu, dans ce décor, avec cette pauvre fille. Il se leva, donna à Polia la moitié de ce qu’il possédait, et partit, après l’avoir embrassée sur le front.