Puis, il se leva. Il sentait des énergies nouvelles sourdre en lui, presque une gaîté.
Sans cause apparente, brusquement, il se réveillait après les rêves troubles de ces dernières semaines.
Il s’accouda à la fenêtre.
Les jardins, coupés de palissades en planches vermoulues, où des mousses dessinaient des arabesques noires, étaient étroits, envahis par une végétation un peu étiolée. Des roses trémières allumaient des flammes rouges, parmi les calices soyeux des volubilis de pourpre violette. Et les grands tournesols courbaient leurs têtes brunes au nimbe doré.
Un souffle puissant montait des plantes, de la terre noire et grasse, après le soleil humide de la nuit. Les choses vivaient, les choses souriaient.
Et Orschanow aima la vie.
*
* *
Vers le soir, Véra entra. Tout de suite elle vit qu’Orschanow avait changé depuis la veille, et ce lui fut une joie.
Ses sens dormaient. Son mariage avec Stoïlow, jadis, ne les avait pas éveillés. Véra, dans son grand calme, toute pensée, toute action, arrivait à se croire presque insexuée.
Pour Orschanow, elle éprouvait une tendresse fraternelle que beaucoup de sollicitude adoucissait.