Son émotion ressemblait à de la douleur, à de l’ivresse.

Il était sauvé, maintenant, après toutes ses désespérances ! Et si simplement, si facilement.

*
* *

Dans la rue, Véra rencontra Makarow.

Depuis des années, une étroite amitié les liait, pleine de franchise, une tendresse d’hommes.

Alors, très émue, Véra lui conta ces choses nouvelles qui venaient d’envahir sa vie.

— Gouriéwa ! Moi, qui vous observais tous deux, je savais bien qu’il en serait ainsi. Mais écoutez-moi… Je connais très bien Orschanow, à présent, et je vous dis en toute conscience : si vous voulez qu’il passe son doctorat, si vous ne voulez pas qu’il retombe à l’inaction, ne vous donnez pas.

Ils s’étaient arrêtés dans l’avenue déserte. Véra très pensive écoutait.

— Croyez-vous que mon influence, ma volonté ne suffiront pas ?

— Non. Orschanow est un sensuel en tout. Il vit pour la jouissance, sous toutes ses formes. Il n’a pas toujours conscience de cela, mais c’est bien là le fond de sa nature. Ainsi, tout ce travail acharné auquel il se livre depuis qu’il vous connaît, c’est pour vous, pour vous seule. Demain, si vous êtes à lui, il se donnera tout entier à sa passion, à la volupté nouvelle, et aucune force extérieure ne le fera plus remonter le courant… Croyez-moi, Véra, ne faites pas cela. Quand il aura passé son doctorat, allez-vous-en, ensemble, quelque part dans l’est, au fond des steppes.