Et Véra sentit que Makarow disait vrai : il fallait trouver la force de résister, tenir Orschanow en suspens, pour le sauver de lui-même.

CHAPITRE VIII

Orschanow se révolta d’abord, devant la nécessité d’attendre. Puis, subjugué, il se grisa de mélancolie et de désir, trouvant une volupté amère à cette vie anxieuse, à cet élan continuel de tout son être vers Véra.

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L’été finissait, pâle, ensoleillé, en un sourire. C’était les vacances, et Orschanow ne sortait presque plus, continuant sa besogne, sans faiblir. Souvent pourtant, vers le soir, Véra venait le chercher et ils erraient jusqu’à une heure tardive, sur les routes tristes de la banlieue. Ils se tenaient par la main, comme deux enfants sages : Orschanow avait eu quelques crises violentes, de brusques éveils de désir, des poussées de tout ce qui dormait au fond de lui d’atavique, de sauvage presque. Mais Véra, très calme et très ferme, très douce pourtant le dominait, et ne cédait pas. Alors, il revenait à sa rêverie voluptueuse et triste, mais exempte de souffrance.

Ils parlaient peu, quelques mots parfois, sur l’avenir qui leur apparaissait à tous deux plein de joies ineffables.

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Un jour, brutalement, tout fut bouleversé : Orschanow reçut, de son frère Vassily, l’annonce de la mort de leur père, le vieux rêveur Nikita. Et Vassily, ce frère qu’Orschanow n’avait pas revu depuis tout petit, l’appelait là-bas, à Pétchal, pour régler les affaires du vieillard, très embrouillées, afin que son nom restât vénéré.

La mort de ce père qu’il aimait d’un étrange et douloureux amour, laissa Orschanow tout meurtri, avec une sensation d’isolement profond, définitif.

Oui, il irait, il retournerait à Pétchal pour un pèlerinage mélancolique.