Alors, pour Orschanow, ce fut l’appel irrésistible vers la liberté, la vie errante, vers l’horizon immense.
Et le train continua sa marche vers le sud-est, emportant à travers le silence des campagnes où soufflait la première brise d’automne, le fracas de ses roues, et le chant fier et sauvage qui, peu à peu, prenait Orschanow et le grisait.
CHAPITRE IX
A la gare, Orschanow reconnut Térennty, le vieux domestique qui accourut en pleurant, le bonnet bas, baisant sur l’épaule le fils de son maître. Et fraternellement, Orschanow étreignit le vieillard.
— Mitri Nikititch ! Qui vous aurait reconnu, si vous ne ressembliez pas tant au barine défunt, Wladimir Nikolaïtch !
Un grand jeune homme, mince et blond, aux longs cheveux soyeux, aux yeux gris, très longs et très droits, s’avança, les bras tendus.
— Je suis ton frère Vassily. Faisons connaissance, Dmitri ! Il faut nous aimer… Nous ne sommes plus que deux, maintenant…
Sa voix se brisa et tous trois pleurèrent, les deux frères et le vieux serviteur.
Orschanow éprouva une émotion intense à traverser ainsi les petites rues désertes, toutes droites, de la ville.
Et là-bas, devant eux, la Volga brillait, large et orgueilleuse, avec des reflets de cuivre sous le soleil couchant. Les coupoles dorées de la cathédrale scintillaient, pourpres, sur la colline… Au delà, c’était l’horizon plat, infini, vaporeux de la steppe.