— Oh, Vassina ! Revoir tout cela, après tant d’années, tant de changements survenus en nous-mêmes !
— Moi aussi, Mitia, je ne croyais pas éprouver une si violente émotion en retrouvant ces choses que j’ai quittées tout enfant.
Devant la vieille grille en bois, ils s’arrêtèrent un instant. Le jardin était devenu plus touffu et plus sauvage. Les arbres avaient poussé librement, géants couvrant de leur ramure puissante le toit en tuiles pâlies.
L’automne avait jeté là sa riche gamme de couleurs. Les tilleuls semblaient couverts de pièces d’or, tant leurs feuilles avaient d’éclat. Les poiriers étaient tous rouges, avec des reflets violets, les bouleaux alternaient des feuilles encore vertes avec d’autres d’un jaune fauve. Seuls les chênes séculaires étaient encore verts, d’un vert sombre et profond.
— Tu vois, Mitia, j’ai une bonne nouvelle à t’annoncer, dit Vassily. C’est le vieil ami de ton père, Bogdane Ostapow, qui achète tout. Il n’y changera rien, celui-là !
Ce fut une grande joie pour Dmitri qui s’affligeait à l’idée que des étrangers dévasteraient ce cher décor.
— Oui, j’ai arrangé cela… Et Ostapow m’a même promis de garder Térennty.
Ils entrèrent. Dans la maison rien n’avait changé. Orschanow retrouvait les objets connus, vieillis, usés, mais demeurés à la place coutumière.
Vassily et Dmitri parcoururent en silence toute la maison. Dmitri évoquait ses souvenirs qui revenaient à flots, maintenant, et Vassily respectait l’émotion de ce frère qu’il connaissait à peine, mais de qui le malheur le rapprochait. Et puis, Vassily avait suivi la destinée de Dmitri, par des amis communs de Pétersbourg.
Il savait tout et éprouvait une grande sympathie pour cet être à part, en qui semblait revivre le tendre et malheureux Nikita, le père.