[2] Exploits indigènes, repris dans Pages d’Islam, parut en 1903, à l’Akhbar, sous la signature B. Clavel.
« Chère amie,
« Vous ne vous doutez pas que la raison de mon long silence n’est pas gaie. Je suis à l’hôpital depuis quatorze jours et j’en ai encore pour longtemps.
« C’est la fièvre ramassée en route, dans un pays marécageux, qui m’a terrassée. Donc, rien de grave.
« Je puis maintenant me lever et me promener à tout petits pas dans la cour. L’hôpital est sur la hauteur et la vue est belle.
« Ce sont les douces journées d’automne, le ciel pur et le soleil radieux sur les sables où reverdit l’alfa.
« Je travaille beaucoup et ai enfin fini la copie du « Sud-Oranais »…
« Dès ma guérison, je vais descendre aux oasis sahariennes, à Beni-Abbès, Timmimoun, In-Salah, et en rapporter un second volume. Comme j’hivernerai probablement à Timmimoun, j’y ferai le Trimardeur qui pourra paraître au printemps.
« Avant cela, pas d’espoir de retour pour moi vers Alger…
« Je vous embrasse cordialement.
« Mahmoud ».
Si MAHMOUD, salle no 4, Hôpital Militaire d’Aïn-Sefra, (Sud-Oranais).
Six jours après, sortie trop tôt de l’hôpital, elle trouvait la mort dans la catastrophe d’Aïn-Sefra.
Jusqu’au 27 octobre on avait pu conserver un dernier espoir et la considérer encore comme disparue. Mais ce jour-là, à midi, nous parvint un télégramme du général Lyautey qui ne laissait plus de doute :
« Corps Isabelle Eberhardt retrouvé sous décombres.
« Général Lyautey. »
Une dépêche Havas complétait l’information.
Aïn-Sefra, 27 octobre 1904.
« Ce matin, à 9 h. 15′ on a découvert le corps d’Isabelle Eberhardt. Le cadavre était enfoui sous les décombres au bas de l’escalier de sa maison. L’assistance était très impressionnée.
« L’autorité militaire a procédé à l’inhumation au cimetière musulman ».
L’Akhbar du 30 octobre parut à Alger encadré de noir, car la mort de notre amie mettait en deuil une maison qui était la sienne.
« C’est ici, disions-nous, le même jour, que fleurirent les plus belles sèves de son esprit… Ici elle se savait aimée, comprise, conseillée et encouragée autant qu’il était en notre pouvoir… Elle nous a légué le devoir de conserver son œuvre, d’en retenir l’essence, nous n’y faillirons pas. »
Près de son corps, presque sous sa main, on avait retrouvé tout d’abord un manuscrit de Trimardeur, ou plutôt un dossier composé de deux versions différentes, inégalement poussées, et des variantes.