Le train roulait avec un bruit mat, comme étouffé, à travers les plaines infinies, toutes couvertes de neige. Le ciel bas et couvert semblait peser sur cette désolation immense.

Combien peu ce voyage de retour ressemblait à l’autre, l’acheminement radieux vers la liberté et le repos dans le silence de la steppe !

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Véra, Makarow et Émilie attendaient Orschanow. Il leur sembla grandi, tellement il était devenu robuste, le visage et le cou bronzés par le soleil, ses cheveux bruns retombant sur son front large et volontaire avec une grâce insouciante.

Ce lui fut tout d’abord une émotion charmante de revoir Véra.

Pour la première fois, il la serra dans ses bras, lui mettant un baiser d’amant sur les lèvres. Véra, un peu étonnée de ces façons nouvelles, sentit un trouble singulier l’envahir.

Orschanow fut gai, presque exubérant, se donnant tout à la joie du moment.

Puis, tout à coup, comme ils gagnaient lentement leur faubourg écarté, tout fut fini. Sans savoir, innocemment, Véra rappela à Dmitri toutes ses appréhensions et tous ses dégoûts.

— A présent que tu es fort et que ta santé s’est si bien rétablie, tu vas pouvoir t’atteler à la besogne… C’est que cet hiver, il te faudra travailler ferme.

Cette évocation de tout ce qu’il redoutait tant, depuis qu’il avait quitté Pétchal, provoqua en Orschanow une sourde colère. Il ne répondit pas, les dents serrées, maudissant mentalement le fanatisme aveugle de ces gens, l’esclavage qu’ils s’imposaient et qu’il les accusait de vouloir lui imposer.