La violence croissante de cette nature indisciplinée effrayait Véra, et, de plus en plus, elle constatait son impuissance.
Cependant, le temps pressait, l’époque des examens approchait, et Véra tenta encore une fois de ramener Orschanow.
Sur un ton sérieux et tendre, elle lui dit qu’il ne serait pas reçu, lui demandant ce qu’il ferait après. Elle commit l’imprudence d’ajouter que la caisse de secours du Comité ne l’aiderait plus, s’il ne travaillait pas.
Alors, brutalement, Orschanow répondit qu’il n’avait pas besoin d’aide, qu’il ne vendrait pas lâchement sa liberté contre sa nourriture. Il se ferait ouvrier, vagabond, n’importe quoi, mais pas esclave.
Puis, accablé, il se jeta sur son lit et, tordant ses mains, en proie à une crise de rage et de douleur, il reprocha à Véra ce qu’il appelait son insensibilité.
— Oh, Véra, Véra ! Pourquoi me tourmentes-tu ainsi ? Ce n’est pas moi, l’homme de chair et de sang que tu aimes, c’est une entité, une formule ! Après m’avoir promis d’être mienne, tu me tortures des mois durant. Tu fais servir ma passion à ton fanatisme d’apôtre. Tu es inconsciente et cruelle !
Brusquement, Orschanow repoussa Véra, et, sans un mot, n’osant même lui dire adieu, il s’enfuit.
Véra, épouvantée, se releva et courut à sa poursuite, l’appelant.
Orschanow, sans répondre, continua sa course à travers les rues, devant les passants qui se retournaient, étonnés, inquiets même.
Et Véra, toute tremblante, sortit. Il fallait le retrouver, coûte que coûte.