Orschanow faiblissait, la tête perdue, chancelant. Il finit par glisser et tomber dans la neige.
Il ne put se relever. Sa tête roulait sur la neige et il balbutiait des paroles sans suite.
Alors, Véra le prit dans ses bras robustes et le coucha sur des madriers un peu secs. Elle ôta son manteau et l’en couvrit.
Puis elle s’assit près de lui et, machinalement, roula une cigarette.
Le dégel continuait, de longs craquements, des bruits de cristal fendu, montaient des canaux et des mares dont la glace s’ouvrait. Une buée lourde pesait sur la mer, dans l’ombre, et attiédissait l’air.
Véra, en une lassitude immense, devant sa défaite attendait. C’était fini, maintenant, aucune illusion n’était plus possible. Orschanow, après tout ce qu’elle avait cru voir germer en lui, était là, ivre, inconscient… Il en serait toujours ainsi.
Et elle, Véra, n’avait pas la force de se lever et de s’en aller reprendre sa tâche, laissant Orschanow continuer seul son douloureux chemin.
Elle se méprisa d’être si faible : elle n’avait pas su le dompter et le faire sien, et elle s’assujettissait à lui, maintenant.
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* *
Le réveil fut sombre, dans la lueur grise de l’aube. Orschanow se souvint de tout de suite, et il se demanda de nouveau comment Véra avait-elle pu se trouver, la nuit, au cabaret Arkhipitch.