Mais, torturé par un remords et une honte inexprimables, Orschanow garda le silence.

Il se leva, évitant de regarder Véra.

Elle vit cette souffrance sans issue, et elle ne lui fit point de reproches. A quoi bon, puisque c’était fini ?

A travers la laideur triste de l’île où la misère s’éveillait après l’engourdissement de la nuit, à travers Pétersbourg maussade, Véra et Orschanow s’en allèrent côte à côte sans un mot.

Mais Orschanow songeait, il se débattait contre l’accablement qui envahissait tout son être, paralysant sa volonté : il fallait prendre une résolution. Pourquoi suivait-il de nouveau Véra ? Où allait-il ainsi ? Il fallait là, tout de suite, s’arrêter, lui serrer la main, lui dire adieu et s’en aller.

Mais Orschanow marchait toujours. Il n’osait pas.

Une morne désespérance s’abattit sur lui, quand il se retrouva dans la cour de sa maison.

— Monte ! dit Véra, comme il s’arrêtait.

Et il monta, lentement, péniblement. Depuis un instant, un frisson glacial le secouait. Ses membres s’alourdissaient, il s’accouda à la fenêtre.

Il souffrait. Il eut voulu que Véra partît, qu’elle le laissât seul.