Tout à coup, tout vacilla dans ses yeux et il tomba. De nouveau, Véra le releva, le couchant sur son lit.

— Déshabille-toi, tu es tout trempé ! dit-elle. Et elle l’aida.

Orschanow tomba depuis ce moment dans une sorte de délire pénible.

Et Véra resta là, près de lui, sérieuse, calme, sans révolte devant l’inévitable.

Qu’importaient toute cette déchéance, toute cette souffrance, toute cette faiblesse même ! Elle garderait Dmitri, malgré tout, elle le veillerait toute leur vie durant, comme elle l’avait veillé, cette nuit.

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* *

Orschanow fut malade. Une fièvre intense, avec un lourd et pénible délire le tourmenta pendant huit jours.

Presque régulièrement, il se réveillait, vers le soir, il ouvrait les yeux… Et toujours, il voyait la robe bleue de Véra, sa haute silhouette souple aller et venir dans la lueur rose du couchant. Alors, pour ne pas parler, il refermait ses yeux las, et il feignait de dormir. Que lui aurait-il dit ? Et pourquoi était-elle là, obstinément, malgré lui ?

Orschanow ne parlait pas, parce qu’il ne trouvait pas le courage de lui dire la vérité : il ne travaillerait plus, il abandonnerait la vie d’étudiant, il deviendrait ouvrier et vagabond. Il renonçait définitivement à tout ce qu’elle avait rêvé pour lui comme pour elle. Et pourtant, il la désirait toujours, il la voulait sienne.

Makarow et Émilie venaient aussi, tous les soirs. Ceux-là, Orschanow ne les aimait ni ne les haïssait. Pourtant, connaissant Makarow, il comptait sur lui pour dire à Véra ce que lui, certainement, n’aurait jamais la force de lui dire.